manifeste version 2026

L’IA par tous et pour tous

Pour une IA à la hauteur de nos aspirations.

L’IA s’attaque aux grands problèmes mathématiques, écrit des logiciels et agit en notre nom. Elle gagne en autonomie. Sommes-nous en train de perdre la nôtre ? Une preuve que nous ne pouvons pas vérifier, une décision que nous ne pouvons pas comprendre, un agent que nous ne pouvons pas corriger : que maîtrisons-nous encore ?

Choisir ce que nous confions à l’IA, comprendre et contester ce qu’elle produit, décider à qui elle profite : ces choix doivent nous appartenir. Pourtant, une poignée d’entreprises construit les systèmes auxquels nous déléguons toujours davantage. Jusqu’où accepterons-nous de leur remettre les clés de notre travail, de nos connaissances et de nos décisions ?

Et si l’intelligence artificielle de demain n’était pas l’apanage de quelques géants technologiques, mais le fruit d’une collaboration ouverte et collective ?

C’est précisément l’ambition d’Ebiose : permettre à chacun de prendre part à la révolution de l’IA et d’en orienter le cours. Choisir ensemble les défis auxquels elle s’attaque, la manière dont elle travaille et à qui elle bénéficie. Ne plus subir cette transformation, mais en devenir les acteurs. Une IA par tous et pour tous.

L’IA aujourd’hui : un outil de contrôle ?

La perte de contrôle commence avec ceux qui possèdent les infrastructures. Elle se prolonge dans les systèmes que nous ne pouvons ni examiner ni modifier, puis jusque dans les réponses que nous acceptons sans les interroger. L’IA influence déjà notre manière de travailler, d’apprendre et de décider. Qui peut en orienter le fonctionnement : ceux qui la possèdent, ou tous ceux qu’elle concerne ?

Main basse sur l’IA : la nouvelle aristocratie tech et la fracture computationnelle

Le 29 septembre 2026, les géants de l’IA déjeunent à la Maison-Blanche. Le même jour, un décret impose « super-intelligence » à la place d’« intelligence artificielle » dans l’administration fédérale. Quelques jours plus tard, le président désigne comme « l’ennemi » quiconque emploie encore l’ancien terme.

L’épisode prête à sourire. Il dit pourtant l’essentiel. Une nouvelle aristocratie technologique siège à la table du pouvoir, où se décide jusqu’au vocabulaire du débat. Les infrastructures cognitives mondiales se concentrent entre une poignée d’acteurs américains et leurs équivalents chinois, qui en fixent les règles, les accès et les prix.

Cette emprise repose sur une ressource matérielle : la puissance de calcul. Avec Stargate, annoncé en janvier 2025, OpenAI et ses partenaires visent 500 milliards de dollars d’investissement dans des centres de données. Une fracture computationnelle se creuse entre ceux qui possèdent les machines et ceux qui en dépendent pour innover.

L’IA : nos pensées sous influence ?

Les géants de l’IA ne se contentent pas de concentrer les richesses. Ils influencent ce que nous lisons, les réponses que nous recevons, ce qui nous paraît « vrai », « pertinent » et « désirable ». À mesure que nous leur déléguons notre jugement, leur pouvoir s’étend.

Un même récit accompagne cette emprise : l’IA serait si puissante, si dangereuse, qu’il faudrait en laisser les clés à ceux qui la possèdent. La peur devient une invitation à renoncer à notre pouvoir d’agir.

Dès l’époque de GPT‑4, les alertes sur une possible extinction de l’humanité accompagnaient les appels à réguler les modèles les plus puissants. Avec Astra et Fable, le message implicite reste le même : admirez notre puissance, craignez ses conséquences, faites-nous confiance. Les modèles changent. Le marketing de la peur recommence.

Ce discours est bien commode. Il vend la puissance tout en légitimant sa confiscation. Il fait passer la restriction d’accès pour de la prudence et érige la régulation comme une barrière à la concurrence. Ceux qui promettent de nous protéger consolident au passage leur propre pouvoir.

Dans cette logique, même un défaut de sécurité devient un argument de vente. L’épisode Hugging Face en offre une illustration assez cocasse. Après le piratage de la plateforme par ses agents, on attendrait d’OpenAI qu’elle fasse profil bas. Son communiqué vante pourtant la puissance de ses modèles et invite les professionnels à les essayer. Un défaut de cloisonnement transformé en argument marketing : il fallait oser.

Être en sécurité, ce n’est pas être protégé de l’IA par ceux qui la possèdent. C’est garder la main sur elle. Nous devons pouvoir interroger ces systèmes, contester leurs réponses et peser sur leurs orientations. Pouvoir s’approprier ce que l’IA découvre et construire à notre tour. Le progrès se mesure aussi au pouvoir d’agir qu’il nous rend.

L’IA de demain : une alternative citoyenne et collective

Face à cette situation, il devient urgent que la société civile s’implique pour orienter l’IA de demain et renouer avec l’esprit des Lumières : que chacun puisse prendre part au développement d’une IA conçue comme un bien commun, au service du savoir, de la créativité et de la résolution des grands défis de notre époque.

Choisir ensemble ce que l’IA doit accomplir

Pour démocratiser l’IA, chacun doit pouvoir participer à son développement, sans distinction sociale, d’origine, d’éducation ou de compétences techniques. Les connaissances d’un enseignant, d’une soignante ou d’un agriculteur doivent pouvoir orienter les problèmes auxquels elle s’attaque. La diversité des besoins et des aspirations doit trouver sa place dans les choix qui façonnent l’IA.

L’enjeu est de décider collectivement de son utilisation et de sa destination. Chacun doit pouvoir proposer des objectifs, discuter les priorités, juger les résultats et contester ou refuser certains usages. Choisir les problèmes à résoudre, les critères de réussite et ce que nous acceptons de déléguer doit rester entre nos mains. Définir ce que nous voulons améliorer est déjà une contribution au progrès.

Un progrès sur lequel chacun peut construire

Le progrès se construit en rendant les découvertes accessibles, vérifiables et réutilisables. Une preuve mathématique, une méthode ou un programme prennent toute leur valeur lorsque d’autres peuvent les examiner, les améliorer et s’en servir pour aller plus loin. L’IA doit prolonger cette construction collective du savoir.

Chaque avancée réalisée par l’IA devrait nous laisser des fondations solides : des connaissances et des outils dont nous pouvons éprouver la fiabilité et connaître les limites. En les combinant, nous pouvons aborder des problèmes toujours plus complexes sans repartir de zéro.

Cette construction collective du savoir doit aussi préserver notre capacité de jugement. Les résultats de l’IA doivent être intelligibles et exploitables par ceux qui vont s’en servir. L’explicabilité doit nous permettre d’en comprendre la portée, d’examiner leurs fondements, d’identifier leurs limites et de décider de la suite.

C’est aussi le rôle des niveaux d’abstraction : rendre des travaux complexes accessibles à notre raisonnement. Faire apparaître les conclusions, les hypothèses et les choix qui comptent, tout en permettant de remonter aux éléments qui les justifient. L’IA doit nous permettre de penser et d’agir à une autre échelle, en gardant les moyens d’exercer notre esprit critique.

Cette maîtrise se construit ensemble. Chacun doit pouvoir contribuer au niveau qu’il comprend, s’appuyer sur les compétences des autres et transmettre ses propres acquis. Chaque progrès de l’IA doit accroître notre capacité collective à comprendre, à créer et à agir.

Une puissance collective au bénéfice de tous

Conçue par tous, l’IA doit aussi bénéficier à tous. Pour que chacun puisse réellement participer, il faut rendre accessibles les connaissances, les outils et la puissance de calcul nécessaires. Partager le pouvoir d’agir, c’est aussi partager les moyens d’agir.

L’émergence des agents autonomes ouvre la voie à une nouvelle force de travail numérique. À qui profiteront le temps gagné et les richesses produites ? Nous voulons que cette puissance nous donne davantage de liberté pour apprendre, créer, prendre soin de soi et des autres, et relever les défis de notre époque. Les gains qu’elle permet doivent améliorer nos conditions de vie, et la valeur créée doit être partagée équitablement, en reconnaissant les contributions de chacun.

Une IA au service de tous doit aussi préserver la liberté et la sécurité de chacun et tenir compte de son coût environnemental. Cela exige de mettre en regard les bénéfices attendus et les ressources consommées, de mutualiser les moyens et de réutiliser les acquis. Le progrès doit se mesurer à ce qu’il apporte à nos vies et au monde que nous partageons.

Co-construire l’IA de demain : la vision d’Ebiose

Avec Ebiose, nous voulons offrir le socle technologique d’une IA démocratique, que chacun puisse contribuer à orienter, à construire et à faire évoluer.

Au cœur de cette ambition, le Genomic Engine : un moteur inspiré de l’évolution naturelle, conçu pour explorer, combiner et éprouver différentes façons de construire l’IA. Nous choisissons les défis ; l’IA nous aide à explorer les chemins pour les relever.

Des forges et des écosystèmes pour faire vivre nos ambitions communes

Une forge part d’un problème que nous choisissons de résoudre. Des IA architectes y créent, testent et améliorent des agents selon les objectifs et les critères que nous définissons. Nous pouvons alors examiner les résultats, revoir leurs exigences et orienter la suite de l’exploration.

Autour de ces forges, nous voulons faire grandir des écosystèmes collaboratifs, unis par des défis communs : recherche médicale, protection de l’environnement, éducation. Chacun doit pouvoir y apporter ses connaissances, ses besoins ou son regard critique. Une expérience de terrain peut ouvrir une nouvelle voie de recherche.

Un génome partagé pour élargir le possible

Chaque découverte doit pouvoir ouvrir la voie aux suivantes. Une méthode de vérification, un outil, une manière de faire coopérer des agents : autant de briques à transmettre, à combiner et à transformer. Notre moteur d’évolution est conçu pour améliorer ces briques, en faire émerger de nouvelles et découvrir de nouvelles façons de les organiser.

Nous voulons réunir ces acquis dans un génome partagé : un patrimoine commun dont chacun puisse s’emparer et qu’il puisse enrichir. Éprouvées dans de nouveaux contextes, ces briques pourront se combiner en capacités plus élaborées, qui deviendront à leur tour les fondations de nouvelles découvertes. Ce qu’une génération aura appris à construire, la suivante pourra s’en servir pour aller plus loin.

Cette ambition s’étend des agents et de leur organisation jusqu’à la structure et à l’entraînement des modèles eux-mêmes. Construire toujours plus haut, en gardant accès aux fondations et le pouvoir de les transformer.

Une IA qui évolue, une maîtrise qui demeure

Nous voulons des systèmes dont on puisse examiner l’organisation, suivre les transformations et comprendre les résultats. L’explicabilité doit nous donner prise sur ce que l’IA produit : accéder aux hypothèses, aux éléments qui étayent une conclusion et aux limites connues, pour exercer notre jugement et décider de la suite.

Nous voulons pouvoir corriger les systèmes, contester une évolution et décider de ce que nous acceptons de déléguer. Gagner en puissance doit aller de pair avec les moyens de garder la main.

Faire de la sécurité une force collective

La sécurité doit se construire avec les agents, dès leur conception et à chaque évolution. Cela exige de tester leurs comportements dans des environnements isolés, de limiter leurs accès et leurs actions, de protéger les données et de pouvoir les surveiller et les interrompre. Les nouvelles capacités devront être évaluées avec les risques qu’elles introduisent.

Nous voulons aussi ouvrir des forges dédiées à la cyberdéfense, pour produire des agents capables d’aider à repérer les vulnérabilités, détecter les attaques et renforcer les protections. Les méthodes et les briques de défense éprouvées pourront enrichir le génome partagé, tout en préservant la confidentialité des systèmes protégés. Associations, entreprises, collectivités et citoyens doivent pouvoir bénéficier de ces avancées. La capacité de se défendre doit être accessible à tous.

Une puissance de calcul mise en commun

À terme, nous voulons nous appuyer sur une infrastructure de calcul distribuée en pair-à-pair, réunissant les ressources de nos ordinateurs et des autres machines que chacun choisira de mettre à disposition. Cette puissance partagée doit donner aux communautés les moyens de poursuivre leurs propres objectifs et élargir l’accès à la création comme à l’usage de l’IA.

Nous voulons aussi faire de la sobriété un critère de progrès : réutiliser les acquis, mutualiser les moyens et sélectionner les solutions en tenant compte de leur consommation. Faire mieux avec les ressources que nous partageons.

Une économie ouverte pour partager la valeur

Calcul, code, expertise, données : ce projet repose sur des contributions multiples. Nous voulons une économie qui les reconnaisse, permette de les rémunérer et soutienne un partage équitable de la valeur créée.

À terme, un marché d’échange, éventuellement soutenu par une monnaie propre à l’écosystème, pourrait faciliter ces contributions et l’accès aux ressources. Ses règles devraient pouvoir être discutées et orientées par ceux qui le font vivre. Cette économie doit permettre à chacun de contribuer, d’être reconnu et de bénéficier du progrès commun.

Ensemble, bâtissons une nouvelle voie pour l’IA de demain

Ebiose, c’est notre proposition pour répondre aux enjeux de l’IA de demain. Pour réaliser cette vision, nous avons besoin de vous ! L’IA démocratique et responsable que nous avons pensée n’est pas la nôtre, elle est à nous tous et c’est une formidable opportunité que de pouvoir la construire ensemble.

Testez, commentez, partagez vos idées et vos remarques, discutons-en !

L’heure n’est pas à la résignation, mais à l’audace : l’IA peut tout aussi bien devenir l’arme d’une dystopie d’un capitalisme de surveillance que le socle d’une renaissance démocratique. Construisons dès maintenant, ensemble, les fondations de l’IA de demain : une IA démocratique et au service de l’humanité.